Valise cabine: vers la fin des 100 ml en Europe
Longtemps considérée comme immuable, la règle des liquides en cabine (100 ml par contenant) est pourtant en train de vivre une transformation majeure en Europe. Entre l’arrivée de nouveaux scanners de sûreté (dits C3/CT) et des décisions européennes successives, la question n’est plus seulement « peut-on dépasser 100 ml ? », mais plutôt « où, quand et à quelles conditions ? ».
Depuis 2024, le débat a pris une tournure paradoxale : alors que certains aéroports s’équipaient pour assouplir la règle, l’Union européenne a temporairement réimposé la limite des 100 ml à partir du 1er septembre 2024, en raison d’un problème technique touchant certaines configurations de scanners. En 2025, un feu vert européen relance toutefois la perspective d’une “fin des 100 ml”… mais pas partout.
Pourquoi la règle des 100 ml existe, et ce que changent les scanners C3/CT
La restriction des 100 ml en cabine est née des contraintes de détection et de prévention des explosifs liquides. Les contrôles traditionnels (rayons X “classiques”) ont longtemps nécessité une limitation stricte des volumes, associée à l’obligation de sortir les liquides et appareils électroniques du bagage pour inspection.
Les scanners de nouvelle génération, souvent décrits comme des scanners CT (tomographie) et, dans le cadre européen, comme EDS C3, visent à analyser plus finement le contenu des bagages cabine. L’ambition est double : améliorer la détection (notamment des explosifs liquides) et fluidifier l’expérience passager.
Concrètement, ces systèmes permettent souvent de laisser liquides et électroniques dans la valise cabine. Mais l’assouplissement des volumes autorisés (au-delà de 100 ml) dépend de validations techniques et réglementaires précises : ce n’est pas un simple “interrupteur” activé partout en même temps.
2024 : l’UE réimpose temporairement les 100 ml (à partir du 01/09/2024)
Le 31 juillet 2024, l’Union européenne annonce une mesure de retour temporaire au standard 100 ml, effective à partir du 1er septembre 2024. La raison invoquée n’est pas une nouvelle menace, mais un “problème technique” sur certains scanners C3 (EDS C3), nécessitant une correction de configuration.
Les textes cités encadrant ce retour sont l’Implementing Regulation (EU) 2024/2108 et la Decision (EU) 2024/2109. Le message central est clair : « effective from 1 September 2024, the maximum allowed size… will revert to… 100 ml », et ce “not in response to any new threat”.
Cette décision a surpris car elle intervient alors même que plusieurs plateformes investissaient déjà dans des équipements destinés à réduire les contraintes (sacs plastiques, sortie des appareils, etc.). Elle a aussi alimenté l’idée d’une transition plus longue que prévu, avec des allers-retours réglementaires possibles pendant la phase de déploiement.
Ce que les passagers ont réellement vécu : l’exemple de Schiphol
Schiphol (Amsterdam) illustre parfaitement la nuance entre “scanner moderne” et “règle des volumes”. À compter du 1er septembre 2024, l’aéroport affiche clairement le retour de la limite : « max. 100ml ».
Dans le même temps, Schiphol met en avant l’avantage opérationnel de ses nouveaux CT scans : les voyageurs peuvent laisser liquides et appareils électroniques dans le bagage cabine (« you can leave liquids and electronics in your hand baggage »). Autrement dit, l’expérience au contrôle peut être plus simple, même si la contrainte de volume reste en place.
Cette situation a créé de la confusion chez les voyageurs : beaucoup associent automatiquement scanners CT et fin des 100 ml. Or, en pratique, l’autorisation de transporter des contenants supérieurs dépend d’une validation européenne sur des configurations précises, et de la décision locale des aéroports équipés.
La “restriction technique” : une mesure temporaire… sans calendrier clair
Au-delà de l’annonce de juillet 2024, plusieurs échanges institutionnels ont montré que la suspension était qualifiée de temporaire, mais sans date de fin certaine. Une question parlementaire du 9 avril 2025 souligne justement ce flou : mesure “temporary”, avec une durée non fixée, évoquant des “reasonable periods”.
Le même débat met en avant l’impact financier et opérationnel pour les aéroports et prestataires, ainsi que l’effet direct sur les passagers (règles changeantes, contrôles plus ou moins rapides, achats de contenants de voyage, etc.).
Le point technique central, confirmé par la Commission le 25 juillet 2025, est que certaines configurations existantes de C3 devaient être “révisées” pour mieux détecter les explosifs liquides (“existing configurations… needed to be revised to improve their performance in detecting liquid explosives.”). Ce n’est donc pas l’idée du C3 qui est remise en cause, mais des variantes de mise en œuvre.
2025 : feu vert européen sur une configuration C3 validée, et retour possible des liquides jusqu’à 2 litres
Le 25 juillet 2025 marque un tournant : la Commission indique qu’“one configuration… was approved on 25 July 2025… may allow… individual containers not exceeding two litres”. Cela ouvre la porte à la réintroduction de liquides au-delà de 100 ml, jusqu’à 2 litres par contenant, là où les équipements et configurations approuvées sont déployés.
Mais la Commission précise aussitôt l’élément déterminant : “It is up to the individual airports…”. En d’autres termes, même avec un cadre qui redevient favorable, la réalité dépend des choix et de l’avancement technique de chaque aéroport (et des validations liées aux fabricants et aux installations).
Le même jour, la Commission confirme que la “fin des 100 ml” ne sera pas uniforme : “not everywhere in Europe”. C’est “in the pipeline”, mais conditionné à la chaîne complète déploiement, validation, exploitation. Pour les voyageurs, cela signifie que l’on peut passer d’un aéroport “2 litres” à un aéroport “100 ml” sur un même itinéraire.
Déploiement des scanners : beaucoup d’équipements, mais une Europe à plusieurs vitesses
Les chiffres disponibles montrent une progression rapide, mais hétérogène. Le 4 octobre 2024, au Parlement européen, il est mentionné qu’“An estimated 350 new CT X-ray scanners” avaient déjà été acquis dans 13 États membres, tout en rappelant que la décision de retour au 100 ml était entrée en vigueur le 1er septembre 2024.
Le 8 août 2025, la Commission donne un nouvel ordre de grandeur : “Roughly 700 scanners… across 21 EU countries” (en service ou en cours d’installation) avec le nouveau logiciel. Le volume est significatif, mais il ne dit pas tout sur l’activation effective des règles “>100 ml”, qui dépend d’approbations de configuration et de la situation locale.
Cette dynamique explique pourquoi la notion de “fin des 100 ml” doit être comprise comme une transition progressive. Même si l’Europe se dote massivement de scanners modernes, l’expérience passager restera variable : certains terminaux peuvent appliquer des procédures différentes au sein d’un même pays, voire d’un même aéroport selon les zones.
Des aéroports passent déjà à 2 litres : Dublin et Rome Fiumicino
Certains hubs montrent ce que pourrait devenir la norme à terme. Le 18 septembre 2025, Dublin Airport annonce la suppression du 100 ml au départ : les passagers sont “permitted to carry up to 2 litres” par contenant, n’ont “no longer need to be packed into clear plastic bags”, et n’ont plus besoin de sortir liquides, gels ou électroniques du bagage cabine.
La presse confirme le même jour des précisions très remarquées : autorisation jusqu’à deux litres, “no more clear plastic bags”, et “no limit” sur le nombre de contenants tant que chacun reste à 2 litres ou moins. Cela change concrètement la préparation de la valise cabine : plus besoin de mini-flacons, ni de compter obsessivement ses bouteilles tant que les volumes individuels respectent le plafond.
Le 26 juillet 2025, Rome Fiumicino communique aussi sur ses scanners EDS C3 : “possibile portare fino a due litri… per singolo contenitore”, et les appareils (laptop, tablette, téléphone) “possono rimanere all’interno” du bagage. Ces exemples illustrent une réalité déjà palpable : l’assouplissement n’est plus théorique, il existe, mais uniquement dans certains aéroports équipés et autorisés.
Et le Royaume-Uni ? Une trajectoire européenne, mais hors UE
Le Royaume-Uni n’étant plus dans l’UE, il suit son propre calendrier réglementaire, tout en restant un repère important pour les voyageurs en Europe. Le 4 avril 2024, des annonces indiquent un report du déploiement généralisé des scanners, ce qui implique le maintien de la règle des 100 ml plus longtemps que prévu.
La logique affichée reste toutefois proche : lorsque les scanners seront suffisamment déployés, la règle des 100 ml devrait être “replaced with a two-litre rule”. Autrement dit, la cible opérationnelle ressemble à celle que l’on observe déjà dans certains aéroports européens (2 litres par contenant), mais la mise en œuvre dépend de la montée en charge effective.
Pour les passagers, cela renforce un point clé : “Europe” ne signifie pas “règle unique”. Entre UE et non-UE, et même à l’intérieur de l’UE, il faut anticiper des différences selon le lieu de départ, l’équipement du terminal et les consignes locales du jour.
Au 17 janvier 2026, la situation se résume ainsi : la “fin des 100 ml” en Europe est en cours, mais elle n’est ni uniforme ni simultanée. Certains aéroports (comme Dublin ou Rome Fiumicino) appliquent déjà des règles permettant des contenants jusqu’à 2 litres, tandis que d’autres (comme Schiphol) maintiennent 100 ml malgré l’usage de scanners CT, tout en simplifiant le passage au contrôle (liquides et électroniques pouvant rester dans le sac).
Pour voyager sereinement avec une valise cabine, la meilleure stratégie est d’éviter les suppositions. Vérifiez systématiquement les consignes de l’aéroport de départ (et parfois du terminal), prévoyez une solution “compatible 100 ml” en secours si vous enchaînez plusieurs vols, et gardez en tête que l’évolution dépend d’approbations techniques et de déploiements locaux , exactement ce que la Commission a confirmé : ce ne sera “not everywhere in Europe”, du moins à court terme.
